Interdiction du téléphone portable : 5 façons d’accompagner les élèves vers un usage raisonné du numérique Par Charles Leroux • 2 septembre 2026 • 8 min de lecture À la rentrée 2026, l’interdiction du téléphone portable, déjà en vigueur dans les écoles et les collèges, s’étend aux lycées. Chaque établissement doit désormais rappeler cette interdiction dans son règlement intérieur et en préciser les modalités d’application. Mais la mesure ne s’arrête pas là. L’Éducation nationale l’inscrit dans une démarche plus large de numérique raisonné : formation des élèves, sensibilisation aux effets des écrans et des réseaux sociaux, droit à la déconnexion, accompagnement des familles… Le projet d’école ou d’établissement doit d’ailleurs préciser les actions mises en place sur ces sujets. Et c’est peut-être là que se trouve le véritable enjeu. Un téléphone rangé pendant six ou sept heures ne signifie pas qu’un élève sait mieux gérer son temps d’écran. Il ne lui apprend pas à reconnaître une situation de cyberharcèlement, à résister aux sollicitations permanentes des réseaux sociaux ou à savoir vers qui se tourner lorsqu’un problème survient. L’interdiction pose un cadre. L’éducation et la prévention doivent lui donner du sens. Alors, comment faire vivre ces messages au quotidien, au-delà d’une règle inscrite dans le règlement intérieur ? 1. Expliquer le sens de l’interdiction du téléphone portable La règle est simple. Mais pour un élève, comprendre pourquoi elle existe peut faire toute la différence. Selon l’étude 2025 d’Ipsos pour le Centre national du Livre citée par Éduscol, les 15-19 ans passent en moyenne 5h19 par jour devant les écrans. Le ministère relève plusieurs enjeux associés à cette exposition : troubles du sommeil, fatigue visuelle, difficultés de concentration, isolement, mais aussi désinformation et cyberharcèlement. Et lorsqu’on observe plus précisément ce qui se passe pendant la journée scolaire, une autre question apparaît : celle des interruptions. Une étude menée par des chercheurs de l’University of North Carolina at Chapel Hill auprès d’élèves du secondaire a suivi leur utilisation réelle du smartphone pendant deux semaines. D’après les résultats rapportés par Santé sur le Net, les élèves observés consacraient près d’un tiers de leur journée scolaire à leur téléphone, avec plus de 70% de ce temps dédié aux réseaux sociaux et au divertissement. Les élèves consultaient leur téléphone des dizaines de fois au cours de la journée. Les chercheurs ont constaté que ceux qui le vérifiaient le plus fréquemment présentaient également un contrôle cognitif plus faible, une capacité qui intervient notamment dans le maintien de l’attention et la résistance aux distractions. Autrement dit, quelques secondes passées à regarder une notification peuvent sembler anodines. Répétées encore et encore, ces petites interruptions peuvent fragmenter l’attention. C’est un message beaucoup plus parlant qu’un simple « téléphone interdit ». Expliquer aux élèves ce que l’établissement cherche à préserver (leur attention, leurs apprentissages, leurs interactions et leur bien-être) permet de replacer la règle dans un contexte plus large. 2. Faire de l’éducation aux usages numériques une démarche de prévention La prévention devient beaucoup plus concrète lorsqu’elle part de situations auxquelles un élève peut réellement être confronté. Quelqu’un partage une photo de moi sans mon accord. Que faire ? Je suis exclu d’un groupe de discussion et les autres se moquent de moi. Est-ce du harcèlement ? Je reçois des messages qui me mettent mal à l’aise. À qui puis-je en parler ? Une information circule sur TikTok. Comment savoir si elle est vraie ? Un ami est pris pour cible dans un groupe. Est-ce que je dois intervenir ? Ces situations permettent de passer d’une prévention théorique à des réflexes concrets. C’est particulièrement important lorsqu’il s’agit de cyberharcèlement. Un jeune ne mettra pas toujours immédiatement ce mot sur ce qu’il vit. Il peut hésiter, minimiser la situation ou simplement ne pas savoir si ce comportement est « suffisamment grave » pour en parler. C’est précisément l’intérêt d’outils comme le Cyberharcèlomètre. Il présente différentes situations réparties en trois zones (verte, orange et rouge) pour aider les jeunes à mettre des mots sur ce qu’ils vivent et à déterminer comment réagir. La prévention devient alors moins abstraite. On ne demande plus seulement à l’élève de « faire attention sur Internet ». On lui donne des situations qu’il peut reconnaître et des actions qu’il peut entreprendre. 3. Faire vivre les messages de prévention tout au long de l’année C’est l’une des difficultés de la prévention : l’élève n’a pas forcément besoin de l’information au moment où nous la lui donnons. Un conseil pour protéger ses données personnelles, un réflexe pour vérifier une information ou un contact à utiliser en cas de problème peuvent sembler évidents lorsqu’ils sont présentés en classe. Quelques mois plus tard, au moment où l’élève en a réellement besoin, le réflexe n’est pas forcément toujours là. C’est pourquoi la répétition et l’accessibilité des informations ont leur importance. C’est aussi dans cette logique que nous mettons à disposition des établissements des pages consacrées à différents aspects de la vie numérique des élèves : protection des données personnelles, réseaux sociaux, cyber-réflexes, vérification des informations, harcèlement et cyberharcèlement. Intégrées au carnet de correspondance, ces ressources restent à portée de main des élèves tout au long de l’année. L’enjeu n’est donc pas nécessairement de multiplier les actions de prévention. Il peut aussi être de se demander : Les informations importantes que nous transmettons aujourd’hui pourront-elles encore être retrouvées par l’élève lorsqu’il en aura besoin ? 4. Adapter les messages à la réalité de votre établissement Chaque établissement doit préciser dans son règlement intérieur les modalités d’application de l’interdiction du téléphone portable. Mais au-delà de la règle elle-même, les informations utiles aux élèves peuvent également dépendre de son organisation. C’est pourquoi les ressources générales de prévention peuvent gagner à être accompagnées de repères directement liés au fonctionnement de l’établissement. Un élève peut ainsi retrouver à la fois des conseils pour protéger ses données personnelles ou réagir face au cyberharcèlement, et les informations qui lui indiquent précisément quoi faire dans son établissement. Chez SPCéd, la personnalisation du carnet permet justement d’associer ces deux dimensions : des ressources de prévention prêtes à l’emploi et les propres contenus de l’établissement. L’objectif n’est pas d’ajouter de nouvelles actions à mener par les équipes. Il s’agit plutôt de rendre plus accessibles les règles, procédures et ressources qui existent déjà. 5. Utiliser les supports déjà présents dans le quotidien des élèves Les établissements disposent déjà de différents moments et supports pour transmettre leurs règles et leurs messages de prévention : règlement intérieur, interventions, affichages, temps d’échange en classe, ressources pédagogiques… Le carnet de correspondance peut être l’un de ces relais. Parce qu’il accompagne l’élève tout au long de l’année, il peut réunir des informations qui n’ont pas toutes vocation à être mémorisées dès la première fois qu’elles sont présentées : les règles concernant le téléphone, des conseils sur les usages numériques, des contacts internes, des ressources utiles ou encore les premiers réflexes à adopter face à une situation problématique. Il ne remplace ni une intervention, ni une discussion avec un CPE, un professeur ou un autre adulte. Son intérêt est plus simple : permettre à certaines informations transmises par l’établissement de rester accessibles dans la durée. Une règle expliquée en début d’année peut être retrouvée plusieurs mois plus tard. Un conseil présenté lors d’une intervention peut être consulté à nouveau. Un contact peut rester à portée de main au moment où un élève en a réellement besoin. L’enjeu n’est donc pas forcément d’ajouter de nouvelles actions, mais de faire en sorte que les règles, conseils et contacts déjà transmis restent accessibles aux élèves lorsqu’ils en ont besoin. Conclusion Ranger son téléphone pendant la journée ne suffit pas, à lui seul, à apprendre à mieux l’utiliser. Expliquer la règle, donner aux élèves des repères concrets et leur permettre de les retrouver lorsqu’ils en ont besoin : c’est aussi ainsi que le numérique raisonné peut prendre vie au quotidien. Le carnet de correspondance peut être l’un des supports qui y contribue, en gardant règles, conseils et ressources à portée de main tout au long de l’année. Charles Leroux Article précédent